1. Qu’est-ce
qui vous a donné envie de commencer la macrophotographie
? Qu’est ce qui conduit une photographe à rendre
compte de l’infiniment petit ?
Lorsque j'ai commencé
la photographie, j'aimais particulièrement traiter
de l'architecture. Mais déjà, j'aimais prélever
les détails de ce que je voyais avec un télé-objectif
(fers forgés, angles d'encadrements de portes, morceaux
de volets etc ..) pour faire des images graphiques et colorées.
Mais je sentais que j'avais envie de voir les choses de plus
en plus près. C'est en 1998 que j'ai eu mon objectif
macro. A l'époque, je ne savais même pas que
la photographie dite "macro" existait et que je
pouvais, grâce à un objectif m'approcher autant
des choses. La première fois que j'ai vu avec cet oeil,
j'ai eu le sentiment que j'arrivais enfin "chez moi".
La première pellicule fut la bonne puisque des images
de cette "découverte" sont encore sur mon
site.. Il s'agissait, entre autres, d'une goutte d'eau pendue
à une branche de sapin (à voir sur http://prismes.free.fr/balade1.htm).
Toute la magie de ce que je voyais étant petite se
retrouvait là, derrière l'appareil, lorsqu'il
était équipé de l'objectif macro. Tous
ces rêves, et ces heures de contemplation enfantine
me sont revenues, comme un boomrang. C'était le bonheur.
J'ai gardé les mêmes sensations depuis lors :
l'émerveillement permanent. Rendre compte de l'infiniment
petit, c'est espérer partager ce plaisir, de dire que
le beau ou le digne d'intérêt se trouve tout
autour de nous, tout le temps. Il suffit de prendre le temps,
et de s'accorder un peu de poésie, de bien vouloir
s'échapper d'une réalité que l'on croit
connaître par cœur.
2. Par la recherche
de formes et couleurs purement esthétiques, votre travail
photographique se rapproche-t-il plus de la macrophotographie
ou de l’abstraction ? Comment pourriez-vous définir
votre style ?
En créant mon site en
juillet 2000, j'ai réalisé que j'étais
presque toute seule à faire de l'abstraction avec la
nature et les objets en général. La macro-photographie
se résumait à une suite d'images plutôt
descriptives, très jolies, mais "juste" des
photos de fleurs ou de nature, avec parfois les noms latins
en légende. Je ne me retrouvais pas dans cette conception
car mon but n'a jamais été de constituer un
herbier mais de rêver à partir de cet herbier,
et de prendre mes distances avec une certaine forme de réalité.
Je ne sais pas si je suis la mieux placée pour définir
mon style, je dirais simplement qu'il s'agit de "douceurs
construites".
3. De quelle manière
votre style a-t-il évolué ? Qu’est ce
qui vous a inspiré hier, et vous inspire aujourd’hui
?
Ce qui m'inspire au début
comme maintenant, c'est encore et toujours l'enfance. Ou une
nostalgie de celle-ci. Nous ne sommes pas programmés
pour passer des heures devant un bouquet de fleurs ... et
c'est vrai qu'à priori, il y a plus constructif à
faire, dans la vie ! Mais je n'ai pas encore trouvé
quoi !
4. Quels sont les
artistes, les styles, les courants artistiques, les œuvres
qui vous ont inspirés ? Des sources d’inspiration
dans vos lectures (poètes, écrivains), etc.
?
Les artistes : des amis photographes,
qui ne font pas forcément de la macro ou pas que cela,
comme Kéa Nop (http://kea-etc.net)
dont je me sent proche, en particulier à propos de
la nostalgie et de la beauté simple de la vie, en général.
Ou bien, dans un registre plus classique, Emile Galée,
Majorelle, L'Ecole de Nancy et tous les autres acteurs de
l'Art Nouveau. La peinture du XIXème siècle,
également (Les Symbolistes et Pré-Raphaëlites)
ainsi que le cinéma, en particulier les films d'anticipation
("Blade Runner", de Ridley Scott), ou plus récemment
des films comme "Le Secret des Poignards Volants"
de Zhang Yimou. Je suis également très sensible
à l'univers de Jean-Pierre Jeunet.
5. Quels sont vos
thèmes de prédilection ?
Les fleurs et autres végétaux,
l'eau, le verre, certains textiles, les plumes, les yeux,
les poupées et autres jouets.
6. Comment passe-t-on
de la macro dite « nature » à la macro
« objet » ? Est-ce la mêmes démarche,
approche ? Une envie de nouvelles teintes et textures que
l’on ne trouve pas au naturel ?
Pas vraiment .. qu'il s'agisse
de nature ou de nature morte, c'est le même sentiment
.. l'impression de plonger dans la matière, qu'elle
soit naturelle ou "artificielle" est la même.
7. L’envie un
jour de passer à l’infiniment grand, une certaine
nature vue du ciel ?
Certains le font déjà
très bien, je suis sûre que vous voyez de qui
je veux parler ! En réalité, je ne sais pas
.. je suis tentée par bien des thèmes, je n'ai
pas de freins sur l'un ou l'autre, à priori.
8. Êtes-vous
à la recherche de certaines combinaisons de couleurs,
textures, lignes et courbes, ombres et lumières de
manière récurrente ?
Certainement ! Mais j'aurai
du mal à cerner tout cela, je manque sûrement
de recul pour en parler de façon aussi précise.
9. Quelle est la qualité
essentielle d’un macro photographe ?
La gourmandise, le désir,
la capacité à rêver à partir de
(presque) rien. La patience, la sensibilité à
la lumière (mais cela peut s'appliquer à tous
les photographes !).
10. Quels sont les
aspects importants d’une photographie réussie
selon Sophie Thouvenin ?
Logiquement, qu'elle me fasse
rêver, ou voyager dans l'univers personnel du photographe.
J'aime qu'une image me surprenne, me touche, me ravisse l’œil
doucement.
"Ce qui m'inspire au
début comme maintenant, c'est encore et toujours l'enfance.
Ou une nostalgie de celle-ci".
11. De quelle manière
votre choix se porte-t-il sur l’utilisation du noir
& blanc plutôt que sur la couleur pour certaines
de vos compositions ? Cela se décide-t-il sur l’instant,
ou l’aviez-vous planifié bien à l’avance
?
La plupart du temps, je le
décide sur l'instant. A vrai dire, je ne planifie presque
jamais rien. Je fais des photos de façon très
spontanée. Je pense au noir et blanc lorsque j'ai envie
de sobriété, de dénuement. C'est un peu
comme un repos, un silence, donner à une image plus
d'intimité. De la tristesse, parfois.
12. Quelles sont les
principales étapes de création dans votre travail
(de l’étude préparatoire : notes, croquis,
etc., à la photographie finale) ?
Pas d'étapes. Si ce
n'est l'approche du sujet, tourner autour, puis plonger. Une
fois la photo faite et révélée sur l'ordinateur,
je la travaille parfois pour lui rendre les qualités
d'origine (contrastes, luminosité) et parfois, je balance
les couleurs vers plus de froid ou plus de chaleur. Je recadre
également, souvent en carré.
13. Pour la série
« precious little things » vous avez fait le choix
du diptyque et dans d’autres celui du triptyque ? Quel
en ont été les motivations ?
Je fais des diptyques ou des
triptyques pour faire des parallèles entre les images,
pour construire une narration ou mettre en évidences
des points communs ou des différences. Pourquoi plus
l'un que l'autre, je ne sais pas trop.
14. Dans certaines
séries de « Still Me » vous sortez des
sentiers de la macro, pourriez-vous nous en parler un peu
plus ?
J'ai d'abord abordé
l'autoportrait, pour des raisons personnelles. Puis j'ai eu
envie de passer à l'humain, mais à l'"autre",
pour voir, par envie, toujours de façon spontanée.
A force de voir de beaux portraits, j'ai eu envie de m'y essayer.
J'ai du mal à en parler, car ce n'est pas encore bien
clair dans mon esprit. Mais c'est une envie très forte
que de continuer dans ce thème.
15. Comment perçoit-on
vos créations de l’extérieur (si vous
en avez eu écho) ?
Oui, depuis 5 ans que j'ai
créé mon site, j'ai beaucoup d'échos
et d'encouragements. A travers des interviews et des expositions
en France ou à l'étranger, et les visiteurs
de mon site qui, chaque jour, me font le cadeau de leurs impressions,
ou me remercient simplement, ce qui me fait très plaisir
! Les spectateurs sont souvent étonnés, ou apaisés,
détendus, ou curieux.. On me demande souvent ce que
je photographie, et il est rare que je donne la réponse
... je ne voudrais pas casser les rêves qu'ils se fabriquent
!
16. Avez-vous des
envies, des rêves, des projets artistiques ? Pouvez-vous
nous en parler ?
Des envies et des rêves,
oui, chaque jour .. de toutes sortes, j'aurais du mal à
vous en dresser la liste ! Des projets artistiques, oui, avec
quelques modèles, et d'autres sujets en macro. Je travaille
également à la réalisation d'un livre
et à deux autres expositions. Je prépare aussi
une série de photographies pour un magazine artistique
qui devrait paraître bientôt, mais je ne peux
en dire davantage.
17. Quelle est votre
configuration ? Mac, Pc, les logiciels que vous utilisez ?
PC pour l'ordinateur de bureau,
I book pour le portable. Les logiciels que j'utilise : photoshop
pour le travail de mes photos, et dreamweaver pour la réalisation
de mon site.
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