Alain
duplantier est photographe, réalisateur de long-métrages,
de clips et de pubs, il passe du 6ème au 7ème art avec une
étonnante facilité. Quand le portrait rime avec forte personnalité.
1.
Certains photographes choisissent leurs modèles en fonction
de l'effet visuel qu'ils espèrent rendre sur le papier. Lorsque
que vous travaillez avec les magazines de presse, vous photographiez
des personnalités, que vous ne connaissez pas avant la séance,
comment se produit le déclic qui va faire ' la photographie
' ?
D'abord,
il n'y a pas forcément un déclic (hélas). Si c'est en extérieur
(hors studio) je fais ce qu'on appelle un repérage, c'est-à-dire
je cherche l'endroit qui me paraît être le plus adapté à l'image
(décor, lumière…) Après, j'attends le sujet et on verra bien…
2.
Sauriez vous expliquer votre signature : cadrage très serré,
présence forte du regard, lumière creusant les visages ?
L'air
de rien, pour les cadrages très serrés, c'est quand le lieu,
où doit se dérouler la photo, ne présente aucun intérêt visuel,
que j'attaque le sujet en gros plan (une contrainte en moins).
La présence forte du regard et la lumière sont directement
liées. C'est une interprétation forte et directe de la personnalité
du sujet… c'est sans détour.
3.
Le regard est-il le reflet de l'âme, du modèle ou du photographe
?
Un
peu des deux, mais surtout du modèle.
4.
Que révèle la lumière au photographe que vous êtes ?
Tout.
Je suis passionné par la lumière. C'est une véritable intention,
une écriture, un mode narratif.
5.
A partir de quel moment choisissez-vous de faire un portrait
en couleur ou en noir et blanc ?
Lorsque
je travaille pour les magazines de presse, on me demande soit
de la couleur soit du noir et blanc, mais il m'arrive de ne
pas respecter les recommandations car il y a des lieux qui
en couleur ne présentent aucun intérêt, ou d'autres ou il
serait dommage de les photographier en noir et blanc. D'autres
part, il y a un certain type de personnes que j'adore faire
en noir et blanc du fait de leurs regards, du grain de leurs
peaux.
6.
Comme l'a écrit Amélie de Turckheim vous transformez et semez
un doute sur l'identité de la personne photographiée. Est-il
arrivé qu'une de ces personnes ne reconnaisse pas son portrait
?
En
fait les gens se reconnaissent toujours dans mes photos, c'est
plutôt les autres qui ne les reconnaissent pas.
7.
Ces visages marqués, ces regard pesants, ne sont peut être
pas aussi éloignés de la réalité que ces photos de mode édulcorés,
qu'en pensez-vous ?
A
chacun de voir.
8.
Vous interprétez la personnalité des gens , mais aussi celle
des lieux, je pense à la photographie de Moscou, ceci rentre-t-il
dans la même logique ?
Complètement,
idem pour les natures mortes.
9.
Quel types de relations entretenez-vous avez avec les gens
d'Europe de l'est ?
Aucune
particulièrement, seulement que ce sont des gens peut être
plus passionnants que les autres du fait des (dés)espoirs
qu'ils portent sur la société, la démocratie…
10.
En quoi votre travail personnel est-il différent, des photographies
que l'ont vous commande, même sensibilité, technique opposé
(le flou a laissé sa place à la netteté) mais l'approche en
est peut être différente, pourriez vous nous expliquez cela
?
On
a tendance a prendre beaucoup plus de risque et d'aller beaucoup
plus loin pour un travail perso que pour un boulot que l'on
se doit d'assurer, mais la démarche est la même.
"J'aimerais
trouver ma muse pour faire un travail à long terme."
11.
Votre travail photographique a-t-il influencé votre façon
de filmer, et inversement ?
Oui,
beaucoup puisque je viens de la photographie. Cela dit, même
si l'influence est évidente, ma démarche est différente, en
ce sens où la photographie est un travail de solitaire et
le cinéma un travail d'équipe. Mes photos sont assez figées
alors que mes films sont sans cesse en mouvements. Cela dit,
les bases de lumière et de cadre sont sensiblement les mêmes.
Inversement, le cinéma m'a appris à dialoguer, à diriger,
à dire exactement ce que je voulais, à être précis. Ce qui
a donc influencé ma collaboration avec les personnes photographiées.
12.
Pourriez-vous nous décrire en quelques lignes, une journée
de séance photo ?
J'aimerais
bien mais c'est toujours différents.
13.
Vers laquelle de vos photographie (ou une série) balance votre
cœur ?
Ça
dépend des jours.
14.
Il y a forcement une photographie, que vous aimeriez réaliser.
En avez-vous une idée précise ?
Mon
problème, c'est trouver des modèles. Je ne veux pas travailler
avec des agences de mannequins (les filles sont pré-formatées).
J'aimerais trouver ma muse pour faire un travail à long terme.
15.
Existe-t-il un travail photographique (d'un photographe, d'un
collectif) qui vous laisse admiratif ?
YasuZo
Nojima.
16.
Quelles sont vos inspirations en matière plastique, scénique
(les grands maîtres de la peinture, de la photographie, du
cinéma, de la littérature, le monde actuel) ?
Henri
Alekan.
17.
Qu'attendez-vous de la photographie ? Que vous apporte-t-elle
?
Un
moyen d'expression.
18.
Une question qui ne se pose pas, et si la photographie n'existait
pas ?
Si
la photographie n'existait pas, le cinéma n'existerait pas
non plus, alors, je serais bien embêté.
EN
SAVOIR PLUS : Alain Duplantier prépare actuellement une expo
photo + petits films d'animation. En outre il écrit actuellement
un film de science fiction avec Jean-Christian Bourcart qu'il
devrait réaliser l'année prochaine.
|