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Interviews
 

Gil Formosa
http://gil.formosa.free.fr
http://formo.free.fr

Configuration: PC (pour la 3D) & Mac (pour la 2D)- Photoshop - Painter.

 
Gil Formosa
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"Lorsque que l'on parvient enfin à créer ses propres règles, on est alors sûr d'avoir franchi une étape importante."
 

1. Pouvez-vous nous décrire en parallèle, à la fois votre cursus scolaire et votre évolution graphique ? Ce qui vous a donné envie de faire ce métier.
Je vivais dans le midi, à cette époque je prenais des cours de dessin par correspondance. J’ai fait cela pendant 4 ans, le temps de bien apprendre les bases. Parallèlement, je m’essayais à la BD et j’ai publié mes premiers dessins dans le fanzine : " L’Explosif ".
Puis, à 18 ans, je suis venu à Paris, j’ai rencontré Claude Moliterni qui m’a présenté à René Goscinny, lequel m’a engagé aux éditions Dargaud, en tant qu’assistant de Morris. Je travaillais pour le merchandising, le dessin animé, enfin, tous les produits dérivés Lucky Luke.
Quant à ce qui m’a donné l’envie de faire ce métier, et bien je pense que ce sont les nombreux artistes qui m’ont fait rêver étant enfant qui m’ ont amené à essayer d’en faire autant !

2. Vous sentez-vous plus un dessinateur de heroic fantasy, de sciences fictions un auteur de comics ou tout simplement de bande dessinée ?
C’est simplement une question de moment, je suis tour à tour, l’un ou l’autre !
Même si cela reste du dessin, il y a une différence essentielle : la BD est beaucoup plus difficile à appréhender, il faut maîtriser le découpage, savoir raconter une histoire en définitive mettre en scène. La BD exige une réelle discipline et de la rigueur dans son travail et beaucoup de patience.
Il faut de longs mois avant de voir le résultat en album.
L'illustration peut être abordée plus légèrement, il suffit d'avoir une idée et de la développer graphiquement. Les couvertures que je réalise pour SEMIC ou MARVEL me permettent de donner ma vision sur une multitude de personnages qui m'ont fait rêver lorsque j'étais jeune, c'est en quelque sorte un hommage rendu à tous ces auteurs.
Quant aux couvertures de romans, ce qui est passionnant, est de mettre en image un passage de l’histoire ou de synthétiser le roman.

3. Quels sont les artistes, les styles, les courants artistiques, les œuvres qui vous ont inspirés dans votre jeunesse et encore aujourd’hui ?
À 10-13 ans, je lisais Zembla , Akim, Blek le Roc, Kiwi, Captain Swing, etc… Et puis, à 14 ans, un ami m’a mis entre les mains les Fantastic Four de Kirby. J’ai été déstabilisé par le dessin, je le trouvais bizarre, il ne correspondait pas aux critères auxquels je m’étais habitué, et en plus cette BD était en 2 couleurs ! Mais, mais… Au bout d’un moment, je me suis retrouvé scotché par l’ambiance de Kirby, et de ses étranges personnages. J’étais comme aspiré dans son univers, et j’ai été conquis. Avec le recul, je me rends compte que ce qui m’avait subjugué, c’était la sobriété, l’efficacité, l’énergie de son dessin, et le destin extraordinaire de ses héros.
Plus tard, j’ai découvert " Enemy Ace " et " Sergent Rock " de Joe Kubert (Si on retrouve un certain type d’avions dans Robur ce n’est pas par hasard). Dans le tome 2 de Robur, je fais un autre clin d’œil à Kubert.
Il y a aussi le phénoménal John Buscema et son Silver Surfer et son Conan. Au sujet de Surfer, il y avait une dimension spirituelle que je ne comprenais pas quand j’étais gamin, mais qui m’attirait, je sentais que c’était différent. Le message allait plus loin que l’incontournable règlement de compte entre bons et méchants.
Quelques années plus tard je suis tombé par hasard, sur les œuvres de Frazetta. Là, évidemment ce fut le choc !
Giraud, aussi bien sûr. Ce qui m’impressionne surtout chez lui, c’est son éclectisme, son côté touche à tout, il adopte des styles très différents et tout est toujours d’une grande qualité.
J’ai une grande admiration pour Uderzo, aussi. J’ai eu quelques-uns de ses originaux entre les mains et j’ai pris une "claque" : Avec la publication en album, on ne peut se rendre compte de la maîtrise de son incroyable dessin. Cela vient de la réduction, car l’encrage, lui, était exceptionnel. Je l’ai vu dessiner, c’était vraiment étonnant. Uderzo est l’un des rares dessinateurs à pouvoir travaillait dans des styles totalement différents.
Je voudrais rajouter Druillet, pour son univers. À 14 ans, j’achetais tous les jeudis " Pilote " pour Druillet, Giraud et Gotlib !
Il ne faudrait pas oublier Cheret, avec "Rahan". Il y en a bien d’autres, difficile de tous les énumérer…

4. Qu’est-ce qui vous inspire aujourd’hui dans la vie de tous les jours, dans le monde qui vous entoure ?
Cela peut-être tout… Même un infime détail!

5. Quels sont vos dessinateurs contemporains préférés ?
Frazetta, Buscema, Kubert, Cheret, Alex Raymond, Giraud, Uderzo, Druillet, Gotlib, Loisel, tous m'ont fait rêver !

6. Quelle est la part de travail avec les techniques traditionnelles et numériques dans vos réalisations ?
Le dessin est toujours réalisé sur papier, l’encrage est fait aux pinceaux à l’encre de chine, le numérique intervient depuis une dizaine d’années pour la couleur et bien sûr pour la 3D

7. Quelle est votre méthode de travail : Effectuez-vous un grand nombre de recherches graphiques autour d’une idée avant d’arriver à un résultat satisfaisant, où l’illustration s’impose-t-elle d’elle même dans votre esprit avant de passer à l’étape de la réalisation ?
Généralement l’idée s’impose rapidement, la difficulté est de réduire la différence entre ce à quoi j’ai pensé et la réalisation sur « papier »
En cours de travail, des idées complémentaires surgissent et je les ajoute si cela apporte à l’illustration finale. L’important est d’inclure ou d’enlever tout ce qu’il faut pour que le message, la clarté de l’illustration s’impose.
La documentation est aussi un élément important avant d’entreprendre une illustration qui doit refléter « une certaine réalité », elle peut être également le point de départ d’une vision plus imaginative.
Quant à la BD, c’est un travail d’équipe avec le scénariste, j’ai besoin d’avoir confiance en lui, de l’admirer pour me plonger à fond dans le dessin. Comme c’est un travail de longue haleine, il vaut mieux être sur la même longueur d’ondes.

8. Quelles sont les principales étapes de création dans votre travail (de la recherche documentaire au support final) ? Passez-vous par une étape papier (croquis, dessins préparatoires) ?
Pour la série Robur, à partir du synopsis, j'élabore un story-board - découpage très rapide afin de voir si la ligne narrative est bonne, nous en discutons avec JML, je précise mon dessin, je passe à l’encrage et la mise en place de la typographie, JML venant de finaliser les dialogues, je scanne le tout et je travaille la couleur sur informatique - les vaisseaux et d’autreséléments du décor sont essentiellement réalisés en 3D.

Pour notre nouvelle série, « Double Gauche » Éric Corbeyran (le scénariste) et moi avons collaboré naturellement. Après avoir lu son synopsis, je lui soumettais des idées qu’il intégrait quand cela enrichissait l’histoire. Il écrit son scénario avec descriptifs des scènes et dialogues. Puis je lui envoie un story, mais cette fois-ci avec les textes qu’il avait déjà rédigés, et au vu de cette étape, nous affinons ou les dessins ou les dialogues. Ensuite vient l’encrage (retracer le dessin (crayon) aux pinceaux et encre de chine), le scannage des planches puis la mise en couleurs.

9. Vous avez été pendant 4 ans, l’assistant de Morris l’auteur de Lucky Luke, Qu’avez-vous appris à travailler à ses côtés ?
Ces 4 années passées à travailler avec Morris m'ont beaucoup appris. Je me souviens de lui comme d’un homme charmant et toujours prêt à me donner le bon conseil au bon moment, tout cela avec beaucoup de gentillesse et... son fameux "noeud pap" autour du cou !
J'étais loin de m'imaginer tout ce qu'il fallait savoir pour prétendre à la publication. Et puis, en travaillant au studio artistique Dargaud avec d'autres pros, comme Marcel Uderzo le frère d'Albert, Gilles Chaillet, j'ai eu la possibilité d'apprendre comment encrer correctement un crayonné, à calibrer les textes, ( à l'époque il n'y avait pas d'informatique), à composer de belles maquettes, à peindre la couleur sur les "Bleus", bref, toutes les exigences du travail professionnel...

10. Quels souvenirs avez-vous gardé de l’époque Pilote ?
Mes premières planches publiées étaient en noir et blanc, c’était des histoires en 4 pages, d’astronautes perdus dans l’espace… Notre regretté Guy Vidal en était le rédacteur en chef à cette époque…
J'ai eu la chance aussi de rencontrer beaucoup de nos grands auteurs à la rédaction du journal Pilote, Albert Uderzo, Giraud, Meziere, Loisel, Bilal, Gotlib, Reizer, Mandrika, Alexis, Blanc Dumont, Fred, Bretecher, Greg, et bien d'autres... quant à 18 ans, on rencontre tant de talents, cela laisse forcément de beaux souvenirs !

"La BD exige une réelle discipline et de la rigueur dans son travail et beaucoup de patience."

11. Vous réalisez également un nombre important d’illustrations publicitaires (Malabar, Les fêlés de Lustucru, La Pie qui Chante, Banania et quelques autres), une branche de l’illustration artistiquement assez mal vue, souvent considérée par beaucoup d’artistes graphique comme un simple travail alimentaire. Art à part entière ou un travail purement alimentaire ?

Vieux débat ! Est-ce que le travail de commande, comme la pub est de l’Art ? Franchement, je ne me pose pas la question. Ce qui est important pour moi est de bien comprendre ce que demande un directeur artistique et d’y répondre le mieux possible et même, d’aller au-delà de ses espérances. Lorsqu’il me dit, c’est « ça » que je voyais, j’en retire une immense satisfaction ! Et puis je me suis rendu compte que le travail de commande développe l’humilité et l’abnégation et finalement m’a permis de mieux me connaître. Humainement parlant c’est une riche expérience de se confronter à d’autres caractères et tempéraments. D’un point de vue technique, lorsque qu’un éditeur me propose de réaliser une couverture, c’est exactement la même chose que de répondre à une offre de création de personnages ou d’illustrations pour une pub. Par contre, il y a certains produits pour lesquels je refuse catégoriquement de travailler…Question d’éthique.

12. Passe ton facilement d’un univers « fantastique assimilé à de la bande dessinée pour adultes au monde « cartooniste » (je fais références aux dessins animés de Scarlette, Totally Spies et Bleck entre autres et au clip de Daddy Dj)? Cela fait-il appel à la même inspiration ?
L'animation est un tout autre monde que la BD, avec d'autres règles, d'autres impératifs techniques, d'autres enjeux économiques.
Mais le travail reste le même, il faut que le dessin ou l'illustration correspondent à la demande - n'oublions pas que c'est un travail de commande - même si, l'interprétation de cette commande reste personnelle. Travailler avec ces contraintes est un excellent exercice, il faut prendre le point de vue des producteurs, ce qui implique de chercher et trouver des solutions auxquelles on ne pense pas au premier abord.
Plus tard je suis passé de character designer à la fonction de directeur artistique, et puis à celle de réalisateur de film d’animation publicitaire et de vidéo clips.
Tout ceci est un travail d'équipe avec son lot de concessions, mais aussi d'échanges fructueux.
Ce qui me semble très important aussi, c'est d'être "organisé"!
Oui, je sais, cela paraît être une qualité qui est aux antipodes de l'état d'esprit de l'artiste, pourtant c'est une aptitude qu'il faut développer si l'on veut porter plusieurs casquettes !
À chacun de trouver l'organisation qui lui convient le mieux.

13. En quoi consiste le travail de création de personnages dans le monde de l’animation ?
Essentiellement, donner vie au caractère des personnages définis par le ou les scénaristes de la série en préparation. La contrainte étant que cela plaise aussi aux producteurs. Une fois le personnage accepté, il faut ensuite le dessiner sous tous les angles (model sheet) pour montrer aux animateurs comment l’animer. De plus il faut mettre en place une charte couleurs et d’expressions du personnage en question.

14. Qu’est ce qu’il se passe dans la tête d’un dessinateur, aussi expérimenté soit-il, lorsque Marvel lui commande une couverture de Conan, ou que l’on apprend que l’on a été choisi pour dessiner un album "Tex Avery" ?
Pour Conan, cela a été une belle surprise, j’ai grandi en lisant ses aventures dessinées par le grand John Buscema, entre autres, alors pouvoir donner ma vision de Conan, quel pied ! La même chose pour Droopy, je ne ratais jamais une animation de Tex Avery à la TV, étant gosse.


15. En règle générale un illustrateur de couvertures de romans, lit-il ces derniers avant, afin que son illustration soit la plus représentative du contenu ?
Quand cela est possible, oui. Mais souvent les contraintes de parution ne le permettent pas. Je discute alors avec la ou le directeur éditorial pour comprendre le roman et faire déjà des propositions qui se concrétisent par un rough. Il m’arrive aussi de parler du roman avec son auteur, c’est ce que je préfère, car après tout, mon travail est au service du texte… C’est pour cela que j’apprécie la réalisation de couverture, c’est de l’illustration par définition ! Et puis, lorsque l’auteur me dit qu’il est satisfait, c’est pour moi la plus belle des récompenses.

16. Avez-vous des envies, des rêves, des projets artistiques ? Pouvez-vous nous en parler ?
Principalement la nouvelle série BD qui va paraître aux Éditions Dargaud en Mai-Juin 2006, dont mon ami Éric Corbeyran assure le scénario, «Double Gauche» ! Cette série est totalement différente de Robur, tant par le dessin que par l’histoire.
Une autre BD en collectif, pour Janvier 07, toujours chez Dargaud.
Et bien sûr pas mal de couvertures de romans ou magazines SF et HF.

17. Si vous aviez quelques précieux conseils à donner à un ou une jeune artiste qui désire travailler dans le milieu de la création graphique, lesquels seraient-ils?
BD, livres, musiques, cinéma essayez tout ce que vous pouvez, vous découvrirez sûrement quelque chose que vous ne soupçonnez pas encore.
À un jeune dessinateur - tous les métiers artistiques sont difficiles à aborder car il y a plus qu'ailleurs "la critique". Une critique par définition est, subjective, trop souvent pour l'artiste en herbe, elle devient objective. Il faut donc se "blinder" et discerner le vrai du faux. "Faire ses gammes", apprendre et comprendre les bases du dessin et de la couleur sont essentiels. Lorsque que l'on parvient enfin à créer ses propres règles, on est alors sûr d'avoir franchi une étape importante. Bien entendu, certains sont plus doués que d'autres, mais seul le travail peut engendrer une réussite durable... il y a donc espoir pour tous.
J’espère que cette interview leur aura appris quelque chose d’intéressant.

En dernier lieu, je leur souhaite de garder le plus longtemps possible leur âme d’enfant, leurs rêves… De regarder loin devant, et de faire ce qui les rend le plus heureux.

18. Pour un peu mieux connaître votre univers culturel pourriez-vous nous faire part de vos films ou réalisateurs préférés ? Quels livres, auteurs lisez-vous ? Quel style de musique écoutez-vous ?
Riddley Scott, Clint Eastwood, Redford, Spielberg, Terry Gilliam, Hitchcock., Besson, pour les réalisateurs, il y en a d’autres bien sûr !
Pour la musique, les vieux standards, pas mal de classique, rock, jazz…

19. Quelle est votre configuration ? Mac, Pc, les logiciels que vous utilisez ?
Mac pour la 2D, et PC pour la 3D, les deux en réseau !
Photoshop et Painter pour retrouver les sensations de la peinture traditionnelle…

 
© 2006, 2006 tous droits réservés GIL FORMOSA

 
 
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