1.
Comment passe-t-on du métier de décorateur de
spectacles à celui d’illustrateur ?
Par
envie. J’avais envie de faire des choses plus personnelles.
Et ma vision de l’évolution dans ce métier
était un peu bouchée, autant pour des raisons
professionnelles que personnelles.
2.
Quel plus vous apportent votre passé dans le spectacle
dans votre approche créatrice sur le papier ?
Je
ne sais pas. Une approche peut- être plus artisanale,
plus ouvrière, moins tendance, mais je pense que c’est
dans ma nature dès le départ.
3.
Comment pourriez-vous définir cette approche plus artisanale?
J’ai
une certaine approche au niveau de la peinture, quelque chose
qui pourrait se rapprocher de ce que l’on appelait les
« peintres pompiers » du 19eme, ou les «
peintres du dimanche ». C’est devenu un style
à part entière. J’ai ce coté naïf,
artisanal, j’aime travailler sur une peinture avec l’esprit
de quelqu’un qui travaille sur une maquette de bateau
ou d’avion, avec à la base quelque chose de moins
académique.
4. N’est pas difficile de passer de grandes
surfaces de création à des surfaces plus confidentielles
?
Non,
en décoration je pondais les idées sur papier,
j’étais amené à dessiner pour les
projets. Mais c’est vrai que le métier n’appelle
pas vraiment à la confidentialité, j’en
avais peut être un manque.
5.
D’où vous est venue l’idée de cette
série de portraits « animal de compagnie »
?
Si
vous voulez me parler des illustrations sur les photos d’Henrike
Stahl, l’idée est venue d’elle.
On trouvait ça marrant de faire ça. Henrike
connaît mes peintures, et elle voulait retrouver tant
par le modèle que par les poses l’esprit de mes
peintures, en gardant évidemment sa touche artistique.
6.
Entre-autre,
mais je pensais surtout à la série «Friends
I, II et III», «Fille et son chat», «Catwoman»,
«Pickup»,. D’ailleurs la collaboration avec
Henrike Stahl y fait un peu écho?
Oui
ça y fait écho. La série m’est
venue comme ça en dessinant, le premier de la série
« Pickup » m’a donné envie d’approfondir
le sujet, avec au départ un portrait, puis accompagné
d’un animal, réel ou imaginaire. Je trouvais
qu’il y avait matière avec la complicité
qu’il peut y avoir entre les deux personnages, des histoires
d’amitié, d’amour un peu étranges,
mais en fin de compte très proche de la réalité
quand vous observez certains couples, leurs « difformités
» ou leur incompatibilité apparente. Avec une
vraie sincérité et une complicité malgré
ça.
7.
Comment s’est organisée cette collaboration?
Vous avez eu le champs libre, un peu comme Titouan Lamazou
qui collabora avec Raymond Depardon sur «Rêve
de désert»? C’est à dire des peintures
sur des photographies déjà existantes ?
Non,
j’ai participé aux poses de la modèle
en photo. Elle posait suivant des croquis que je faisais,
et suivant certaines poses de mes peintures.
8.
Pourriez-vous nous présenter en quelques mots Henrike
Stahl, votre rencontre ?
Henrike
est une photographe allemande et j’ai découvert
son travail sur internet il y a quelques années. Un
pote m’avait montré ses photos, et je me rappelle
avoir fait des cauchemars après avoir vu un renard
mort quasiment coupé en deux sur un de ses clichés…J’ai
découvert plein de belles choses chez elle. Un esprit.
Elle a le don de faire de belles choses avec des scènes
parfois insignifiantes. Quand je la regarde avec son appareil
en pleine nature par exemple, je me demande parfois ce qu’elle
est en train de photographier, je me demande pourquoi. Puis
c’est en voyant l’image que je comprends. C’est
aussi une photographe de mode qui travaille un peu partout,
surtout en Allemagne et à Paris. En y réfléchissant
je pense que si j’étais photographe, je ferais
à peu près les mêmes choses qu’elle
je crois. On a pas mal de points communs.
9.
Quelles histoires racontent vos personnages ? A quel public
s’adressent-elles ?
Aux
âmes sensibles certainement. J’espère.
Les histoires de mes personnages sont intimes, secrètes,
mystérieuses... Même moi je n’en sais guère
plus, mais je connais leur état d’esprit.
10.
Cet état d'esprit, quel est-t-il ?
Le mien.
11.
Vos portraits ne sont pas sans rappeler les portraits des
« freaks » de Diane Arbus, photographe américaine
qui initia un courant photographique. Une attitude grave,
posture posée, un maintien raide, les personnages paressent
lunatiques, gauches , en souffrances. Une raison dans ce choix
de « mises en scène » ?
On
m’avait fait découvrir les photos de Diane Arbus,
je côtoie pas mal de photographes en fait, plus que
des peintres ou des illustrateurs. Je peux retrouver dans
ses personnages certains regards proches de mes portraits,
certaines attitudes, j’aime sa façon qu’elle
a de donner de l’importance et de la beauté à
des personnages qui n’en ont socialement pas. La beauté
est tellement suggestive. Mais je ne pense pas avoir son coté
aussi cru envers la réalité.
12.
Vos personnages, semblent moins encrés dans la réalité,
plane une atmosphère "fantastique" , baigner
dans une aventure plus "intérieure" ?
Oui peut-être, mais je ne me pose pas la question. Je
ne suis pas fana de peinture ou d’illustrations de style
« fantastique », mais j’aime avoir la liberté
de transformer mes personnages. C’est ce qui leur donne
une apparence fantastique ou surréaliste, mais je ne
suis pas accroché à ces styles, juste à
leur liberté de déformation.
13.
Pouvez-vous nous décrire en parallèle, à
la fois votre cursus scolaire et votre évolution graphique
? Ce qui vous a donné envie de faire ce métier.
Mon
cursus scolaire a été plutôt catastrophique.
Je dessinais pendant les cours des sortes de bandes dessinées,
des caricatures de mes profs, des dessins débiles.
Un prof de français avait aimé ça, il
me rajoutait des points à chaque dessin que je faisais
sur les copies rendues. D’autres ont beaucoup moins
aimé ce trait de caractère, je me suis fait
viré. Je n’ai pas de diplômes. Donc mon
cursus scolaire a été plutôt court, mon
évolution graphique et culturelle s’est surtout
faite par la suite.
14.
Comment pourriez-vous définir votre style ?
Je
ne sais pas. C’est classique, surréaliste, naïf,
humoristique parfois ?
15.
Qu’est-ce qui vous inspire aujourd’hui ?
Mes
inspirations tiennent à l’envie. J’ai envie
de m’asseoir et je dessine... Les œuvres des illustrateurs
ou des peintres que j’aime m’inspirent.
16.
Quels sont vos illustrateurs préférés
? Pourriez vous nous en parler en quelques lignes ?
J’aime
beaucoup et depuis longtemps Joe
Sorren, je suis son évolution et c’est quelqu’un
que je place en dehors de tout mouvement de mode. J’aime
ses personnages, son coup de pinceau, sa façon de rendre
intelligente ses œuvres sans les intellectualiser.
Là je pense à Carlos Nine, J’ai rouvert
il y a quelques jours un livre de ses dessins « Gesta
Dei » qui m’a donné envie de prendre un
crayon. Les illustrateurs que j’aime me donnent envie
de prendre un crayon, de faire de la couleur… J’ai
acheté dernièrement le livre « Princesses
oubliées ou inconnues » illustré par Rebecca
Dautremer, je trouve son boulot admirable. J’aime aussi
le travail de Tim Tomkinson, Esao Andrews, Mark
Ryden, Jonathan Viner, Peter Mitchell, Jeff
Soto… Ce sont des gens qui m’inspirent.
On
m’avait fait découvrir les photos de Diane Arbus,
[...]. Je peux retrouver dans ses personnages certains regards
proches de mes portraits, certaines attitudes, [...]Mais je
ne pense pas avoir son coté aussi cru envers la réalité.
17.
Quels sont vos médiums ?
Je peins sur bois, sur toile, sur papier, à
l’acrylique, à l’huile, aux pastels.....
Et puis du numérique.
18.
Quelle est la part de travail numérique dans vos réalisations
?
Je
m’en sers de temps en temps pour coloriser. Je dessine
uniquement au crayon.
19.
Quelles sont les principales étapes de création
dans votre travail (de la recherche documentaire au support
final) ?
Je
dessine très peu de croquis, 2 ou 3 maximum, que j’améliore
selon mon envie. Parfois je me dis que le dessin suffit à
lui-même, si je n’ai pas envie de couleurs j’arrête
là. Tout dépend en fait si je travaille pour
une commande ou pour moi-même. Je ne peux pas rendre
un dessin si on attend de moi un truc en couleurs. Je fais
des recherches documentaires pour des détails de drapés,
de postures, de muscles ou d’ombres, mais ce n’est
pas toujours le cas.
20.
Avez-vous des envies, des rêves, des projets artistiques
? Pouvez-vous nous en parler ?
Avec
Henrike
Stahl nous travaillons à une nouvelle série
d’illustrations sur photos qui devrait se terminer fin
janvier. Ca doit sortir dans un magazine allemand (Hekmag).
Et puis mes envies c’est de créer, d’évoluer,
d’apprendre, de m’amuser…
21.
Les livres, la musique, le cinéma, complète
la culture de l’artiste, et concoure à donner
une certaine couleur à son œuvre. Pourriez-vous
nous dire quels sont vos films, réalisateurs préférés
? Quels sont vos livres préférés ? Quelle
musique écoutez-vous ?
J’écoute
et je fais de la musique punk rock garage. Je joue dans des
groupes depuis longtemps, en ce moment dans un groupe qui
s’appelle OhmFacom. J’écoute des groupes
comme les Oblivians, Reigning Sound, les Dirtbombs, les vieux
Cramps, les Deadboys, Buzzcocks, Teengenerate, les Clash,
j’aime aussi Turbonegro, Tom Waits, Nick Cave, Johnny
Cash depuis peu…Plein de trucs underground en fait.
En
littérature j’aime beaucoup Fred Vargas, Arto
Paasilinna un écrivain finlandais, John Fante , j’ai
eu une période écrivains russes également
quand j’étais plus jeune. « L’idiot
» de Dostoïevski m’avais beaucoup marqué.
Je lis avec plaisir Harry Potter également. En ce moment
je découvre Tonino Benacquista. Et de la bande dessinées
également, j’aime beaucoup Larcenet.
Question ciné : Fargo des frères Cohen, la nuit
du chasseur de Charles Laughton, des western, le cinéma
des années 40-50 américain ou français,
des films de Wim Wenders pour l’image et sa poésie,
l’univers de Tim Burton me plaît beaucoup aussi,
« Bad Lieutenant » un film terrible de Ferrara
que j’ai revu il ya quelques jours, puis pas mal de
films du « dimanche » à regarder en mangeant
des crêpes.
22.
Quelle est votre configuration ? Mac, Pc, les logiciels que
vous utilisez ?
J’ai
un PC, une tablette graphique et j’utilise Photoshop.
Pour d’autres besoins, Quark Xpress et Illustrator.
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