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Interviews
 

Benoit Drouillat
http://www.designinteractif.net

Configuration: Mac & PC + Illustrator +Photoshop + imprimante (indispensable à un D.A)

Légendes des visuels:
Direction Artistique Benoit Drouillat
1- Total.
2- Elf.
3- Essec.
4- Société Générale Jeunes.
5- Wirlpool.

 
Benoit Drouillat
http://www.designinteractif.net

"Le risque d'associer un D.A. à son style graphique est d'une part de passer de mode, et d'autres part de niveller les projets de manière trop uniforme, de les standardiser."
 

1. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre métier ? Quel est le rôle du D.A dans la réalisation d’un projet ? Où commence-t-il où s’arrête-t-il ?
C’est la question la plus difficile. Le directeur artistique est chargé avec ses designers de mettre en œuvre un concept créatif, d’en trouver la plus juste expression graphique et d’en assurer la cohésion jusqu’à la mise en ligne du site. Les meilleurs créatifs sont ceux qui maîtrisent plusieurs disciplines : cela peut aller de la conception à la technique (développement flash par exemple). Cela permet de repousser plus aisément les limites de la créativité. Le directeur artistique est également en contact direct avec le client lors des briefs, soutenances et débriefs de projets ou sur des compétitions. C’est un intervenant autonome mais qui a énormément besoin de s’appuyer sur le chef de projet, les consultants ergonomes et marketing, les designers à qui il peut déléguer une grande partie de la production.

2. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’exercer le métier de D.A ?
Au début, dans la première agence où j’ai travaillé, j’ai découvert les métiers en touchant un peu à tout. J’ai regardé travailler la directrice artistique, c’est la démarche qui m’a semblée la plus proche de ce à quoi j’aspirais : créer du sens formel à partir d’un contenu.

3. Quelles sont les qualités essentielles d’un D.A et les compétences requises pour le devenir ?
Il n’y a pas de généralité. Chez SQLI agency, l’agence dans laquelle je travaille, les D.A. sont très complémentaires parce que très différents. La diplomatie est importante, l’écoute évidemment, la capacité à rebondir rapidement sur de nouvelles idées, à travailler énormément, à s’inspirer, à disposer d’une culture, pas uniquement graphique, très solide. Et enfin, à savoir dissocier l’affectif du reste dans le travail.

4. Pourriez vous brièvement nous présenter votre cursus scolaire et parcours professionnel ?
J’ai un DEUG de Lettres Appliquées, une licence de Lettres Modernes, et une maîtrise de littérature française. J’ai commencé ma carrière en concevant des campagnes en ligne de A à Z, chez Business Lab. Puis chez Himalaya, j’ai beaucoup travaillé en avant-vente et sur plusieurs projets phares de l’agence. En tant que freelance, j’ai collaboré avec les principales agences du marché et des annonceurs comme Total, Société Générale, L’Oréal, l’ESSEC. Depuis 2005, je suis directeur artistique senior chez SQLI agency où je travaille pour Monoprix, Groupama, Printemps, Renault.

5. Quels conseils donneriez-vous à un graphistes désirant devenir D.A ?
De prendre l’initiative, de ne pas attendre que les responsabilités viennent à eux toutes seules. De travailler, évidemment, mais surtout de ne pas avoir peur du client ! Il faut être désireux d’échanger avec les clients, de les conseiller et pas de se cacher derrière ses créations.

6. Un D.A est-il obligatoirement issu d’une formation de création graphique ?
Ce qui caractérise notre milieu, le design interactif, c’est la grande ouverture laissée sur les parcours des créatifs. Beaucoup ont certes fait des écoles d’art appliqué, mais dans d’autres domaines que le graphisme (stylisme, architecture…). Pour ma part, j’ai une maîtrise de littérature française, ce qui fait qu’avant d’être D.A. j’étais concepteur-rédacteur. La dimension pluridisciplinaire est très importante dans notre domaine. Cela dit, les formations spécifiques se sont développées depuis 5 ans, construisant les métiers de manière différente.

7. Travaillez-vous toujours avec la même équipe de graphistes et développeurs ?
Les équipes projets sont variables, chaque compétence étant apportée si elle est pertinente par rapport à la problématique du client. Dans l’agence où je travaille, nous commençons à cultiver l’esprit d’équipes structurées autour du D.A., mais uniquement pour les designers. L’important sur tous les types de projets, c’est que l’historique soit suivi pour un même client, surtout par le D.A.

8. Comment se porte votre choix sur tel ou tel graphiste pour tel ou tel projet ?
Le choix des profils s’effectue en fonction des dispositions de chacun et de ses disponibilités. Certains designers sont plus à l’aise avec certaines problématiques ou secteurs ou types de sites.

9. Le rôle des graphistes est de donner vie aux idées du D.A. Vous arrive-t-il de porter la double casquette dans un projet, celle de D.A et celle de graphiste (ou infographiste) au sein de l’équipe dont vous avez la charge ?
Oui, même si cela arrive de moins en moins car je gère une demi douzaine de projets simultanément. Un directeur artistique dans le web a vocation à produire, mais c’est vrai aussi que dans les grosses structures nous avons tendance à déléguer ce qui peut l’être. Cela dit, l’idée de pouvoir suivre opérationnellement un projet de A à Z est importante pour un D.A., car il est plus facile de lui donner une forte cohérence.

10. Vous êtes depuis peu passé du statut de D.A d’agence à celui de D.A indépendant, quelles en sont les différences essentielles ?
L’enjeu principal était pour moi d’intégrer une agence suffisamment importante pour travailler et échanger avec d’autres directeurs artistiques, faire évoluer ma façon de travailler, pouvoir me positionner encore davantage sur des projets d’envergure. En freelance comme en agence, il faut être prêt à beaucoup travailler, mais le rythme est différent, plus soutenu en agence. En freelance, tout en travaillant beaucoup, je pouvais aménager des périodes de repos entre de gros projets. En agence, les interactions entre les intervenants (nombreux) d’un projet rendent parfois le projet plus complexe à gérer.

11. Un D.A doit-il obligatoirement apprécier les travaux des graphistes qui sont sous sa direction ?
Non, pour ma part je rationnalise énormément les jugements esthétiques que je pourrais émettre sur les travaux des designers de mon agence. L’appréciation est même dangereuse, car elle introduit une part de subjectivité et d’intuition dans le travail créatif qui ne sont pas pertinentes au regard des objectifs, des cibles, du concept sur lesquels nous travaillons. Il faut ramener tout en contexte pour apprécier et juger le travail d’un designer, qu’il soit D.A. ou graphiste. Le D.A. est là avant tout pour imprimer un concept créatif et aussi pour faire en sorte que le designer développe le mieux son idée. Chez nous, les designers ne sont pas des éxécutants, on leur demande d’être de véritables créatifs : tout le monde y gagne.

12. Les limites de la créativité sont -elles purement techniques ?
Bien sûr non, mais le web a cette spécificité de mettre en oeuvre une technicité où les métiers sont très spécialisés et cela de plus en plus. Il est difficile d'être un créatif de haut niveau et de maîtriser toute la palette d'outils; je fais référence à Flash, et After Effects, en particulier. La connaissance voire la maîtrise technique enrichissent énormément la créativité. Il faut par ailleurs souvent composer avec des interlocuteurs beaucoup plus divers dans les projets web que d'autres types de projets de communication, notamment les DSI, dont les contraintes ont un impact sur les choix techniques, ce qui peut brider notre créativité. Les choix techniques devraient découler des solutions créatives proposées, et non systématiquement les conditionner.

"Les annonceurs ne font pas assez d'efforts pour connaître nos métiers [..] La création n'est pas rémunérée à sa juste valeur".

13. L'emploi croissant des techniques de créations numériques dans la publicité, n'a-t-il pas eu tendance à tuer le message dans un surenchérissement de visuels toujours plus spectaculaires ?
La publicité n'est pas mon domaine; mais un visuel spectaculaire ne vaut pas une expérience utilisateur riche dans un site web. Les outils ne doivent pas nous dispenser de créer un sens pertinent dans l'expression du message.

14. Que vous ont apporté vos début en tant que concepteur-rédacteur ?
Une culture très différente des créatifs qui ont été formatés par les écoles d'art appliqué; une vision sans doute plus stratégiquement pensée sur la manière d'envisager le design interactif. J'ai lu quelque part que pour être graphiste il faut aimer les mots. J'ai commencé à m'intéresser d'abord au sens des mots avant d'envisager le sens de leur expression graphique.

15. Un D.A compétent se doit donc d'être détaché d'un style graphique ?
C'est la grande question. Le client achète-t-il une signature ou bien un travail sur une traduction pertinente de son message ? Pour moi, la part d'expression personnelle dans les projets ne conditionne pas leur succès. Le risque d'associer un D.A. à son style graphique est d'une part de passer de mode, et d'autres part de niveller les projets de manière trop uniforme, de les standardiser.

16. Quelles sont vos sources d'inspiration ?
En général, je surfe peu. D'autres domaines m'inspirent beaucoup, le print beaucoup en ce moment pour la mise en page, sinon la photo, la littérature, la musique et le design d'objets. Mes magazines préférés sont Etapes:, Intramuros, Creative Review, Idea mag.

17. Qu'est-ce qui graphiquement parlant pourrait s'apparenter à une mauvaise campagne ?
Une mauvaise campagne est une campagne qui peut avoir un excellent concept et être mal exécutée, par exemple. Ou qui serait totalement gratuite.

18. Cette "peur du client", à laquelle vous faites référence ? Est-ce la même qui pourrait empêcher un D.A non expérimenté, de relever les mauvais choix d'un client sur la forme que ce dernier espère donner à sa campagne ?Exactement, beaucoup de clients souhaitent s'impliquer dans le processus de création, mais le font maladroitement, en effectuant par exemple les choix à la place du D.A. La création est un processus politique, qui se mène avec le client. Trop d'affectif du côté du client ruine le travail créatif.

19. Quels projets vous ont laissé les meilleurs souvenirs ?
Récemment, mes collaborations avec l'ESSEC, qui est un client mature, qui sait faire confiance et prendre le risque créatif qu'il faut. Assez exceptionnel.

20. Tous les styles graphiques, peuvent-ils être envisagés dans une campagne publicitaire ? Ou certains sont-ils plus "transposables" ? Est-ce uniquement une question de modes ?
Oui, il y a des effets de mode auxquels nous sommes soumis, que ce soit sur web ou dans le print. Notre travail n'est pas de les reproduire, mais de proposer l'expression graphique la plus juste pour porter un message. Donc tous les styles graphiques ne sont pas pertinents pour une campagne.

21. Les D.A sont-ils des influencés par les courants de mode, ou participent-t-ils à l’apparition et la diffusion de nouveaux styles graphiques ?
Les tendances nous guident, mais avec le recul, les D.A. seniors savent faire la part des choses. Cela évite de cloner des campagnes ou des sites entiers. Dans l'idéal, si nous avions le temps, nous pourrions contribuer à enrichir ces courants. Mais c'est un travail à part entière; c'est d'ailleurs le travail des bureaux de style, ce que nous ne sommes pas. C'est toutefois un travail passionnant que j'aimerais faire.

22. N'y a-t-il pas danger de s'écarter du "sens" à trop vouloir suivre une mode, coller à un mouvement graphique ?
Si, c'est pour cela que les tendances doivent être considérées avec prudence. La juste expression d'un message, c'est celle qui fait écho à son sens : ses valeurs, son contexte, ses objectifs, les personnes à qui il s'adresse.

23. Quel est le défaut du marché actuel ?
Les annonceurs ne font pas assez d'efforts pour connaître nos métiers. Nos métiers ont trop peu de visibilité. L'amateurisme de certaines agences continue de cotoyer le professionnalisme d'autres. La création n'est pas rémunérée à sa juste valeur.

24. Quels sont les travaux d'infographistes, photographes, illustrateurs qui vous touchent "artistiquement" ?
Aucun en particulier à cet instant, je préfère y penser de manière diffuse.

25. Auriez vous des envies, des projets dont vous voudriez nous parler ?
Pour les projets j'aimerais bien, mais c'est top secret ;-) Sinon j'aimerais commencer à développer une approche plus "video" dans mon travail, et pourquoi pas aussi faire davantage de conception.

 
© 2006, 2006 tous droits réservés BENOIT DROUILLAT

 
 
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